Mesure et perception de l'inflation (Entretiens AFSE) (vidéo disponible)

Conférence organisée le 17 nov 2020

Mesurer l’inflation, c’est construire un indice des prix représentatif des dépenses de consommation des ménages. C’est un pari toujours renouvelé car les prix individuels et la structure de la consommation des ménages bougent constamment, y compris désormais à cause des techniques d’individualisation des tarifications. La mesure des prix et de leur évolution peut par ailleurs s’éloigner du ressenti par les ménages car la perception par chacun de l’évolution des prix est très dépendante de ses habitudes d’achats, de son lieu de vie ou de l’évolution de son pouvoir d’achat. La contestation de la mesure des prix est donc aussi ancienne que la construction des indices, depuis la construction du premier indice en 1913 par la Statistique Générale de la France –l’ancêtre de l’INSEE.

Prenant également appui sur le débat sur les dépenses contraintes – ou à l’inverse sur les dépenses « empêchées » du fait de la crise sanitaire -, les participants à la conférence « Mesure et perception de l’inflation » discuteront les défis de mesurer des prix dans une économie où la digitalisation modifie en profondeur les modes de consommation.

Président de séance

Garnier Olivier (Directeur Général des statistiques, des études et de l’international, Banque de France)

Intervenants :

Bertholon Raphaelle (Secrétaire Nationale CFE-CGC à l'Économie, Industrie, Numérique et Logement)
Combe Emmanuel (Vice-Président de l’Autorité de la concurrence)
Jany-Catrice Florence (Professeur à l’Université de Lille 1)
Tavernier Jean-Luc (Directeur général de l’Insee)

Vidéo de la conférence :

Vidéo de la conférence

Version diffusée en direct




Les liens vers des sites ou documents internet associés à cette conférence

Etude d'Emmanuel Combe pour Fondation pour l’innovation politique

Résumé :
Le fait de fixer des prix différents pour un même produit est une pratique aussi ancienne que le commerce : nous la rencontrons tous les jours, que ce soit au travers des tarifs jeunes, du prix des billets d’avion qui varie en fonction des dates de réservation ou des prix différenciés selon la localisation de l’enseigne. Ces pratiques de «discrimination par les prix» ont été jusqu’ici acceptées par les consommateurs car elles restaient assez simples à déchiffrer et à justifier : les jeunes paient moins cher certains services car ils sont en moyenne moins riches que les adultes et tout le monde comprend qu’il peut échapper au prix élevé d’un billet d’avion en réservant son voyage à l’avance. La discrimination par les prix porte sur des catégories statistiques assez larges telles que l’âge ou le lieu de résidence.

Toutefois, avec le développement du numérique, la discrimination par les prix pourrait demain franchir un pas décisif en incitant les entreprises à pratiquer des prix personnalisés : grâce au big data, chaque client se verrait proposer un prix particulier, en fonction de sa disposition individuelle à payer. L’ère du prix uniforme, sur lequel s’est fondée toute la grande distribution depuis plus d’un siècle, pourrait progressivement céder la place à un univers de prix «à la tête du client». Cette pratique de discrimination serait certes très rentable pour les entreprises mais elle risque toutefois de susciter la défiance des clients, ces derniers ne sachant souvent pas quels critères utilisent les algorithmes pour fixer le prix. C’est donc avec une certaine prudence que les entreprises devraient explorer les possibilités de prix personnalisés, au travers de pratiques subtiles et indirectes, telles que les rabais ciblés, l’affichage différencié des résultats d’une requête (price steering) ou la participation des clients à des enchères.